Lettre économique d'AEOI - La démographie en AEOI

RĂ©digĂ© par SER de Nairobi et SE de l'AEOI ‱ PubliĂ© le 11 mai 2023

Retrouvez chaque mois cette lettre des actualitĂ©s Ă©conomiques, prĂ©parĂ©e par le service Ă©conomique rĂ©gional de Nairobi, les services Ă©conomiques d'Addis-Abeba, Tananarive, Dar Es Salam, Kampala et Khartoum, et les Ambassades de France au Rwanda et Ă  Djibouti.

La population en AEOI a Ă©tĂ© multipliĂ©e par 7,5 entre 1950 et 2022 passant de 50 Ă  410 millions d’habitants, soit un taux d’accroissement annuel moyen de 2,8 %. Le PIB par habitant a globalement cru dans la zone (hormis Ă  Madagascar) permettant Ă  des pays comme Maurice et les Seychelles de passer dans la catĂ©gorie des PRITS, et au Kenya, Ă  Djibouti, et Ă  la Tanzanie de devenir PRITI. La population d’AEOI devrait atteindre 1,15 Md Ă  horizon 2100 selon les estimations des Nations Unies. Une croissance dĂ©mographique significative dont le potentiel en matiĂšre de croissance Ă©conomique n’a d’égal que les risques (pauvrĂ©tĂ© et insĂ©curitĂ© alimentaire, conflits,
) qu’elle fait courir aux pays de la rĂ©gion. Pour capter le dividende de leur transition dĂ©mographique, ces derniers doivent rĂ©lever un double dĂ©fi : dĂ©velopper leur capital humain tout en favorisant l’émerge d’emplois qualifiĂ©s.

Dynamiques démographiques et PIB par habitant

La transition dĂ©mographique de la rĂ©gion AEOI s’est amorcĂ©e dans la premiĂšre partie du siĂšcle dernier. Entre 1950 et 2022, le taux de mortalitĂ© a ainsi chutĂ© de maniĂšre significative de 25,4 â€° Ă  6,7 â€°. A horizon 2035, ce dernier devrait tendre vers 5,8 â€° avant de remonter lĂ©gĂšrement Ă  9,1 â€° en 2100 en raison du vieillissement de la population. En parallĂšle, le taux de natalitĂ© a atteint son pic en 1970 Ă  49,4 â€° avant de diminuer de maniĂšre constante et significative pour atteindre 32,2 â€° en 2022[1]. A horizon 2100, ce dernier devrait tendre vers 13,0 â€° et se rapprocher ainsi du taux de mortalitĂ© (9,0 â€°). ConsĂ©quence de ces deux dynamiques concomitantes, la population en AEOI a Ă©tĂ© multipliĂ©e par 7,5 entre 1950 et 2022 passant de 50 Ă  410 millions d’habitants, soit un taux d’accroissement annuel moyen de 2,8 %. Selon les estimations des Nations Unies, la rĂ©gion AEOI devrait achever sa transition dĂ©mographique au dĂ©but du siĂšcle prochain avec une population avoisinant 1,15 Md. Certains pays seront ainsi les plus peuplĂ©s du continent, avec l’Ethiopie en tĂȘte qui serait le 7Ăšme pays le plus peuplĂ© au monde et le troisiĂšme d’Afrique derriĂšre le NigĂ©ria et la RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo, et la Tanzanie, juste derriĂšre l’Ethiopie en tant que quatriĂšme pays le plus peuplĂ© du continent.

DerriĂšre les chiffres agrĂ©gĂ©s se cachent nĂ©anmoins des situations trĂšs hĂ©tĂ©rogĂšnes et pour lesquels les recensements sont parfois anciens voire inexistants (ErythrĂ©e). Tandis que certains pays de la rĂ©gion sont sur le point d’achever leur transition dĂ©mographique (Maurice, Seychelles, Djibouti), d’autres en sont encore Ă  un stade relativement prĂ©coce (Somalie, Burundi). La grande majoritĂ© de ces derniers se situent nĂ©anmoins au 3Ăšme stade[2] de leur transition (Kenya, Rwanda, Tanzanie, ErythrĂ©e, Madagascar, Ethiopie, Ouganda, Soudan du Sud, Comores). En effet, les taux de fĂ©conditĂ© restent extrĂȘment hĂ©tĂ©rogĂšnes d’un pays Ă  l’autre. Par exemple, le nombre d’enfants par femme Ă©tait de 1,4 Ă  Maurice en 2022, contre 6,2 en Somalie, pour une moyenne de 4,6 en Afrique Subsaharienne (Tableau 1). De plus, la transition dĂ©mographique de certains pays prĂ©sente des spĂ©cificitĂ©s. C’est notamment le cas du Rwanda, dont la croissance dĂ©mographique a Ă©tĂ© interrompue par le gĂ©nocide, de Djibouti, significativement affectĂ© par les flux migratoires imputables aux situations d’instabilitĂ© rĂ©currentes dans les pays voisins (Somalie, Ethiopie, ErythrĂ©e), ou encore de Maurice, qui a recours Ă  l’immigration pour compenser la contraction de sa population active. Autre cas particulier, l’ErythrĂ©e, qui observe depuis 1962 une baisse de son taux de natalitĂ© non accompagnĂ©e d’une amĂ©lioration notable des conditions de vie de la population locale, condition d’ordinaire prĂ©alable Ă  la baisse des natalitĂ©s.

A l’échelle rĂ©gionale, malgrĂ© une dĂ©mographie en pleine expansion, le PIB par habitant moyen a cru de maniĂšre significative entre 1980 et 2022, passant de 606,3 USD/pers Ă  3 799,3 USD/pers[3]. Cette croissance a Ă©tĂ© portĂ©e par le dĂ©veloppement Ă©conomique des pays de la rĂ©gion, dont le PIB rĂ©el a augmentĂ© de 5,3 % par an en moyenne. Les plus fortes croissances du PIB par habitant[4] ont Ă©tĂ© enregistrĂ©es Ă  Maurice (+3,7 % de croissance par an en moyenne), en Ethiopie (+3,2 %), et aux Seychelles (+2,7 %). Toutefois, les disparitĂ©s se sont fortement creusĂ©es au sein de la rĂ©gion, avec des reculs du PIB par habitant de 35,4 % Ă  Madagascar et de 19,3 % au Burundi entre 1980 et 2022 (Graphique 2).

A cela s’ajoute la volontĂ© de certaines gouvernements de contenir la croissance de leur population. Ă€ cette fin, de nombreux pays ont mis en place des politiques publiques visant Ă  promouvoir l’éducation (notamment celle des filles), l’accĂšs aux soins et le planning familial. Des initiatives nĂ©anmoins freinĂ©es dans certains pays par des situations politiques instables. C’est notamment le cas en Ethiopie oĂč le rĂ©cent conflit dans le TigrĂ© semble avoir ralenti les ambitions gouvernementales en termes d’éducation et de santĂ© dans les rĂ©gions touchĂ©es.

Une transition dĂ©mographique qui s’est accompagnĂ©e par un accroissement de l’éducation mais continue de faire peser des risques

La transition dĂ©mographique est une source d’opportunitĂ© pour les Ă©conomies de la rĂ©gion : le PIB de la zone, qui Ă©tait de 264,8 Mds USD (0,4 % du PIB mondial) en 2011 atteindra 2 028 Mds USD en 2028 (0,6 % du PIB mondial), augmentant ainsi la part des Ă©conomies d’AEOI dans le PIB mondial de 0,2 point de PIB. Cependant, les pays ne pourront tirer profit du dividende dĂ©mographique qu’avec un investissement suffisant dans l’éducation et une capacitĂ© accrue des Ă©conomies Ă  fournir des emplois stables et rĂ©munĂ©rateurs aux nouveaux entrants sur le marchĂ© du travail.

En effet, les taux de scolarisation se sont largement amĂ©liorĂ©s avec d’importants efforts consentis par de nombreux pays pour dĂ©velopper leur capital humain (gratuitĂ© de l’éducation, construction d’écoles, etc.). Cela s’est traduit par un taux de scolarisation net de 84,6 % en Ethiopie en 2015 (x2,5 depuis 1998) et de 94 % en 2020 Ă  Maurice. Ces amĂ©liorations restent toutefois Ă  nuancer, le taux d’alphabĂ©tisation n’atteignant que 52 % en Ethiopie et 34 % au Soudan du Sud en 2017, et 40 % en Somalie, contre 92 % Ă  Maurice en 2022.

Par ailleurs, le secteur informel reste le premier pourvoyeur d’emplois en AEOI et capte la majoritĂ© des nouveaux arrivants sur le marchĂ© du travail. Le secteur formel reprĂ©sente ainsi 95 % de l’emploi Ă  Madagascar et 80 % en Tanzanie. Au Kenya, l’emploi informel a cru Ă  un rythme moyen de 11 % par an depuis 1985, contre 2,5 % pour l’emploi formel. Alors que de nombreux pays n’en sont qu’à mi-chemin de leur transition dĂ©mographique, nombre d’entre eux peinent Ă  absorber dans le secteur formel la cohorte de nouveaux entrants sur le marchĂ© du travail. C’est notamment le cas de l’Ethiopie oĂč le taux de participation dĂ©croĂźt (de 81,2 % en 2013 Ă  68,3 % en 2021) et le taux de chĂŽmage augmente (de 5 % en 2005 Ă  8 % en 2021). Des dynamiques qui contrastent avec la croissance significative du PIB sur la pĂ©riode rĂ©cente et qui tĂ©moignent du caractĂšre peu inclusif de la croissance en AEOI. En outre, la prĂ©valence de l’emploi informel ne permet pas de mettre en place un systĂšme de cotisations retraite alors que le ratio de dĂ©pendance serait favorable (hormis Maurice et Seychelles).

Parmi les risques accrus par la croissance dĂ©mographique figure l’insĂ©curitĂ© alimentaire : les pays devront ĂȘtre en mesure de nourrir leur population dans un contexte oĂč le changement climatique pĂšse sur la production agricole, avec l’intensification de la frĂ©quence et de la sĂ©vĂ©ritĂ© des sĂ©cheresses et des Ă©vĂ©nements climatiques extrĂȘmes. Par ailleurs, l’accroissement des populations urbaines devrait se poursuivre, et constitue une source de prĂ©occupation dans la zone, notamment en termes d’urbanisation. A titre d’illustration, la population de Dar Es Salaam en Tanzanie devrait doubler pour atteindre plus de 10 millions d'ici 2050 selon les Nations Unies. De mĂȘme, selon la Banque mondiale, la majoritĂ© de la population malgache (Ă  61 % rurale en 2021) pourrait vivre dans des zones urbaines d’ici 2036 en raison de l’exode rural massif. Au Burundi et au Rwanda - pays les plus densĂ©ment peuplĂ©s du monde avec des ratio respectifs de 476 et 503 habitants/km2 en 2020 – la croissance de la population urbaine diminue les surfaces cultivables et exerce une pression Ă  la hausse sur le rendement et le prix des terres. Cette croissance significative des populations urbaines en AEOI pose deux risques majeurs : (i) Un risque sanitaire avec des conditions propices au dĂ©veloppement et Ă  la prolifĂ©ration de maladies et (ii) un risque d’instabilitĂ© politique, si les populations jeunes sont en manque d’opportunitĂ©s Ă©conomiques.

 

 


[1] A titre de comparaison, dans l’Union EuropĂ©enne, les taux de natalitĂ© et de mortalitĂ© ont avoisinnĂ© respectivement 9,7 â€° et 10,3 â€° sur la dĂ©cĂ©nnie passĂ©e.

[2] Le stade 3 se caractĂ©rise par un taux de mortalitĂ© faible, proche de son niveau minimal, et un taux de natalitĂ© en forte dĂ©croissance. Voir glossaire.

[3] Moyenne pondĂ©rĂ©e AEOI hors Djibouti, ErythrĂ©e, Somalie, et Soudan du Sud, du PIB par habitant en prix courants (USD).

[4] PIB par habitant Ă  prix constants en USD 2017 ParitĂ© Pouvoir d’Achat.

Vous trouverez l'intĂ©gralitĂ© de la publication mensuel via ce lien ou Ă  tĂ©lĂ©charger ici 

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